A l’origine, le Guide du pèlerin

René de La Coste-Messelière, éminent chartiste, président de la Société des Amis de Saint-Jacques de 1978 à 1996, créateur et infatigable promoteur des chemins de Compostelle, avait coutume de dire : « tout commence avec le Guide du pèlerin, tout y est ». L’ouvrage connu sous ce nom est le dernier Livre du Codex Calixtinus, un manuscrit du XIIe siècle conservé à la cathédrale de Compostelle, dont il ne constitue qu’une toute petite partie. Il fut édité en latin en 1882 et traduit en français en 1938, date à laquelle il a reçu ce titre trompeur, qui ne figure pas dans le manuscrit. Dès son édition il avait été considéré, sans discussion et sans étude ni de sa raison d’être ni de sa diffusion, comme le guide des pèlerins du XIIe siècle. Faute d’analyse, ce document a induit en erreur tous ceux qui se sont intéressés à Compostelle jusqu’aux années 1990.


Ce Guide a fait croire à l’existence de routes de pèlerinage créées à l’usage de foules de pèlerins en route vers Compostelle. En France, ces routes ont été cartographiées arbitrairement, le Guide ne donnant que quelques repères ponctuels pour chacune d’elles. En 1937, Francis Salet en fit peindre une, en couleur et en un format impressionnant sur un mur du musée des Monuments français à Paris. Par la place d’honneur qui leur fut ainsi donnée dans ce lieu prestigieux voué aux plus beaux monuments médiévaux, les chemins de Compostelle en France devenaient une réalité tangible, un « Monument Historique » à part entière…

1984 au Conseil de l’Europe

En 1984, après étude d'une demande de l'Espagne de désigner le chemin de Compostelle comme  " bien culturel européen ", le Conseil de l'Europe  émit un avis favorable tout en recommandant à tous les Etats membres d’élargir cette perspective
« à d’autres itinéraires internationaux de pèlerinage, en s'inspirant de l'exemple du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ».
Il soulignait ainsi, fortement, l'intérêt général que présentaient les routes de pèlerinage pour une coopération culturelle européenne axée sur plusieurs itinéraires culturels européens alors à l’étude, itinéraires symboliques s’entend. Par la « recommandation 987 relative aux itinéraires européens de pèlerinage » du 28 juin, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe recommandait « […] une coopération entre les Etats membres […] en vue de faire figurer les itinéraires [de pèlerinage] les plus significatifs et leurs monuments […] au Patrimoine mondial de l'UNESCO».
Mais en 1993, l'Espagne ne suivit pas cette recommandation pour demander l'inscription du Camino francés. La France aurait-elle souhaité une coopération pour cette inscription ?

La demande de la France

C'est une lettre du 26 novembre du ministère de la Culture qui a engagé la procédure d'inscription des chemins de Saint-Jacques en France au Patrimoine mondial. Un dossier a été présenté à l'UNESCO le 27 juin 1997. (Voir les documents dans les Annexes du livre précité, pages 331 à 359).

La décision de l'UNESCO

La décision de l'UNESCO, prise à Kyoto en décembre 1998 est résumée par les phrases suivantes :
" Pour atteindre l’Espagne, les pèlerins devaient traverser la France, et les monuments historiques notables qui constituent la présente inscription sur la Liste du Patrimoine mondial jalonnaient les quatre routes qu’ils empruntaient".
Recommandation : " Que ce bien soit inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial. "

Carte des monuments inscrits